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Quand Rafik el-Hariri, avec un  k  , fouille son cœur de jeune homme...

Il écrit son prénom avec un K pour tenter de se démarquer de son célèbre homonyme. Un patronyme pesant que Rafik el-Hari assume totalement mais qu’il souhaite voir reconnaître pour son seul talent d’illustrateur et d’auteur d’ouvrages. Ce qui semble bien parti… Car, à tout juste 27 ans, cet auteur, illustrateur et designer tripolitain a déjà à son actif deux livres personnels, de nombreuses illustrations de contes pour enfants, des contributions régulières à des magazines internationaux (à l’instar de Vice Arabia, GQ, Plastik, New Yorker…). Sans compter ses projets de commandes graphiques, aussi bien pour des ONG telles que Médecins sans frontières que des pochettes de CD −, ses participations à des conférences, dont un Ted Talk sur l’art et la santé mentale, et son poste de professeur de design numérique à l’Université Libanaise Internationale.

La couverture de l’ouvrage écrit et illustré par Rafik el-Hariri.

Le dessin salvateur

Autant d’activités qui viennent compenser une première jeunesse marquée par l’isolement et l’incompréhension. Enfant sensible, souffrant de troubles alimentaires, Rafik el-Hariri se réfugie dès ses 9 ans dans le dessin pour fuir les railleries de ses camarades de classe sur son physique et ses problèmes de poids. À l’âge de l’insouciance, le petit garçon est ainsi déjà confronté à la cruauté humaine. Elle aurait pu le rendre asocial, aigre et cynique. Mais c’était compter sans son talent de dessinateur, qui l’a sauvé, d’une certaine façon. Utilisant le dessin comme moyen d’expression, il se façonne un langage visuel personnel, où la poésie, un brin de nostalgie et un imaginaire tendrement surréaliste enrobent ses questionnements existentiels de préadulte.

Cette identité créative, puisée de l’essence même de son être, lui permettra de rétablir le lien avec les gens de sa génération. Ce qui lui redonnera confiance en lui-même, en ses capacités, et l’aidera à surmonter ses problèmes d’anxiété et de boulimie.

Rafik el-Hariri, autoportrait graphique.

Parler de santé mentale sans tabous

Une licence de design graphique à l’Université libanaise, complétée par un diplôme de design multimédia, transformera son coup de crayon en graphisme numérique, rehaussé parfois de techniques d’animations. Des outils qui apportent une sophistication nouvelle à son dessin et vont lui permettre d’atteindre, via les plateformes numériques et les réseaux sociaux, un plus large public au Liban comme dans les pays de la région.

À partir de là, Rafik el-Hariri va beaucoup s’inspirer de son expérience personnelle pour communiquer, à travers son art, les valeurs positives d’empathie, d’altruisme, d’ouverture aux autres et de travail acharné qu’il place au-dessus de tout. Abordant dans ses ouvrages les sujets psychologiques qui concernent les jeunes, l’illustrateur insiste sur l’importance de traiter de la santé mentale sans tabous dans nos sociétés encore conservatrices.  » L’enfance et l’adolescence sont des périodes essentielles de la vie. Les bouleversements émotionnels, les questionnements identitaires, les luttes pour trouver sa place, les projections sur l’avenir peuvent générer une grande anxiété chez certains. Il ne faut pas avoir peur ou honte d’en parler autour de soi et d’avoir recours à une aide psychologique « , insiste le jeune homme. Lequel, après avoir développé le thème des  » superpouvoirs  » de la bienveillance et de l’empathie aux autres dans Indigo, son premier livre de jeunesse (publié à compte d’auteur en 2018), s’adresse cette fois avec I’ve Found a Coeur aux jeunes adultes.

Double page extraite du livre  » J’ai trouvé un cœur « .

L’amour de soi et des autres

 » C’est un récit graphique sur le thème de l’amour. L’amour des autres, mais aussi l’amour de soi. Parce qu’on ne peut pas s’engager envers les autres, leur donner de l’attention, de la valeur, si l’on ne s’aime pas et si l’on ne s’accepte pas soi-même « , soutient Rafic el-Hariri. Lequel a mis dans cet ouvrage, en parallèle de ses très belles illustrations, beaucoup de lui-même à travers des textes, en anglais, issues de ses pensées, ses réflexions et ses convictions.  » Mais aussi diverses expériences, d’amour, de désamour, de quête identitaire, par lesquelles je suis passé avant de me trouver et de découvrir l’essence de mon être « , révèle le jeune artiste. Aujourd’hui apaisé, malgré les difficultés qu’il continue d’affronter en tant que libanais en cette période de terribles crises, il espère, à travers ses mots et dessins,  » issues vraiment du plus profond de mon cœur « , dit-il , contributeur à rasséréner les jeunes souffrant de troubles anxieux sur le fait qu’ils ne sont pas des cas isolés et qu’ils peuvent s’en sortir… Un message d’espoir (on n’ose plus parler de résilience), par l ‘exemple et l’identification, qu’il tient encore plus à transmettre en ces temps d’une sombre noirceur. La raison pour laquelle il a été publié – à son propre compte – de cet ouvrage et sa séance de signature ce soir, samedi 21 août, à 18h, à la Foire Rachid Karamé à Tripoli.

Rafik el-Hariri  : du talent, de la sensibilité et une sincérité. À découvrir

*Cet ouvrage est disponible chez Halabi Book Shop, à Beyrouth, et à Warcheh 13, espace culturel, à Tripoli el-Mina.

Il écrit son prénom avec un K pour tenter de se démarquer de son célèbre homonyme. Un patronyme pesant que Rafik el-Hari assume totalement mais qu’il souhaite voir reconnaître pour son seul talent d’illustrateur et d’auteur d’ouvrages. Ce qui semble bien parti… Car, à tout juste 27 ans, cet auteur, illustrateur et designer tripolitain a déjà à son actif deux.